Improvisation au Piano : oser jouer la musique de la Vie

Aujourd’hui, je suis très heureuse de laisser la parole à Cazimir Costea, pour nous raconter son parcours. Cazimir m’a contacté suite à l’une de mes publications. Nous avons échangé sur nos centres d’intérêts : l’Art et la Spiritualité, mais plus particulièrement cette fois ci : le piano. Cet instrument de musique est sans doute celui qui m’apaise le plus au monde ! Bonne lecture !


Qui n’a jamais eu envie de se sentir libre au piano, de laisser ses doigts vagabonder et se laisser simplement aller au plaisir de la musique ? Mais la liberté peut faire peur. Comment faire sans filet pour nous rattraper ? Comment trouver les notes ? En réalité, il y a plein de manières d’improviser, de style, mais aussi de raisons… Je vais vous raconter comment l’improvisation au piano a changé mon parcours de musicien, et pourquoi je pense que c’est une pratique à la fois fondamentale et accessible à tous 🙂

Liberté et improvisation au piano

Une pratique intimidante

Souvent lorsqu’on entend parler d’improvisation au piano, on pense qu’il s’agit d’un stade “supérieur” de maîtrise. On regarde et admire ceux qui improvisent comme on regarde un acrobate dont l’ensemble des gestes nous semble bien étranger. On se dit ainsi que l’improvisation au piano est une compétence qu’on développe plutôt après.

Mais après quoi ? Sûrement après ce ou ces morceaux dont toutes les notes ont déjà été écrites et qu’on arrive pas encore à jouer avec la fluidité ou l’émotion qu’on souhaite… Si en plus on doit inventer les notes en temps réel… c’est quasiment de l’ordre du miracle !

Une pratique formatrice et libératrice

Pourtant, selon moi, c’est tout le contraire. L’improvisation au piano recèle bien des outils musicaux et spirituels qui non seulement ne devraient pas nécessiter un certain niveau de maîtrise, mais au contraire participer à l’évolution de ce niveau. Et au-delà, c’est un formidable moyen d’expression et de connaissance de soi.

Pour étayer ces points de vue, je vais partager avec vous ma propre expérience sur le sujet en vous parlant de mon parcours, mon choix d’être musicien qui n’allait pas de soi, et comment l’improvisation m’a aidé dans mon évolution au piano comme dans celui d’enseignant. Je vous montrerai également comment vous pouvez faire pour vous y mettre vous aussi, peu importe votre niveau 🙂

Comment l’improvisation au piano m’a reconnecté à l’instrument

Mon parcours chaotique avec le piano

Désirs d’apprentissage et blocages

J’ai démarré vers l’âge de cinq-six ans. Il s’agissait bien de mon désir, pas celui de mes parents. Je me souviens encore de ma décision de vouloir faire du piano et du moment où j’en fis la demande officielle à ma mère. Pourtant dès le départ, ce fut compliqué…

Je pense que j’ai toujours eu un rapport à l’enseignement un peu difficile. Pas seulement en musique. Je me débrouillais bien par moi-même, en comprenant les choses. Mais dès lors qu’on voulait me montrer la “bonne” manière de faire ou de penser, je bloquais. J’avais probablement un grand besoin de liberté, mais aussi une grande soif d’apprendre.

Abandon et allers retours

Lors de mes premières années de piano, je n’appliquai quasiment aucun des conseils ou méthodes de mon professeur, et pourtant j’avais bien envie de progresser. Je me suis senti assez vite limité dans ma progression et mon expression musicale. J’ai alors décidé d’arrêter les cours vers 12 ans.

A partir de là, j’ai fait de nombreux allers-retours avec l’instrument, en autodidacte et parfois avec d’autres professeurs, espérant chaque fois trouver une manière de travailler qui ne soit pas ennuyeuse et qui ne tue pas mon désir d’expression musicale, qui demeurait intense mais frustré.

Improvisation au piano : une autre manière d’appréhender l’instrument

Pas fait pour travailler le piano

Plus tard, vers 22 ans, j’expérimentai ce que je considérais comme un nouvel échec pédagogique avec un prof que, malgré cela, j’appréciais beaucoup. Après cette nouvelle tentative, je pensais vraiment ne pas être fait pour “ça” : le piano. Pas fait pour travailler des heures, pour répéter, m’acharner à progresser, pour lutter contre le manque d’envie et la procrastination par la force et la volonté, etc.

Mais suite à une rupture amoureuse difficile et le besoin (plus que l’envie) d’exprimer mes émotions, je me mis au piano et jouai “n’importe quoi”. C’était probablement ma première improvisation au piano, consciente et volontaire. Ce que je ne m’étais jamais vraiment autorisé jusque là.

Reconnexion intime à l’instrument

“N’importe quoi”, dans le sens où je n’avais aucune idée des notes que j’allais jouer. Mais j’étais tout de même guidé par mes émotions, mon besoin de les exprimer, et par mon désir intense de (re)nouer une connexion intime avec l’instrument. Comme si, grâce à lui et sa résonance, je pouvais déposer des choses incompréhensibles qui étaient en moi et les laisser partir.

Alors, j’ai découvert qu’en plus de la possibilité de libérer certaines émotions, en improvisant librement au piano, je pouvais prendre un plaisir neuf et authentique vis à vis de l’instrument, de ses sonorités, du contact de mes doigts avec ses touches… tout ça sans cadre ni obligation sur ce qu’il fallait ou non jouer.

A partir de là, je me mis régulièrement à jouer du piano de cette nouvelle manière peu conventionnelle et maladroite, uniquement pour mon plaisir. Cette connexion intime avec l’instrument m’a permis de ne pas abandonner mon désir de faire du piano, et de poursuivre ma quête d’apprentissage.

Gros plan : doigts sur touches de piano

L’improvisation au piano : un outil pour mieux apprendre !

J’ai continué à me confronter à plusieurs obstacles et échecs de l’enseignement musical vis-à-vis de mes besoins, et notamment au conservatoire où je suis entré quelques années plus tard. Mais j’ai petit à petit pu faire des liens entre cette sensation intime expérimentée lorsque j’improvisais au piano et mon désir de progression musicale.

Ce goût pour l’évolution et la progression était en moi, mais cette liberté intérieure et le besoin de connecter à une vérité intime était plus fort que tout. Je devais chaque les mettre en accord, en équilibre, pour continuer à avancer.

L’harmonie et la composition

Lors de mon parcours au conservatoire, j’ai découvert les cours d’harmonie, où j’ai appris les règles de bases de la composition classique. J’ai pu avoir un aperçu de quelques systèmes logiques qui permettent de décrypter le squelette des morceaux que j’aimais. Certes, je n’avais que quelques outils rudimentaires, mais j’apercevais la logique à l’œuvre, et cela a été une fantastique découverte.

J’ai toujours aimé la logique et ses jeux. Or c’est comme ça que je voyais l’harmonie : un jeu de logique musicale avec ses règles et outils. A partir de là, au fur et à mesure de la maîtrise de ces nouveaux concepts, j’ai non seulement pu comprendre et apprendre plus vite mes morceaux, mais j’avais aussi des pistes d’exploration pour mes improvisations.

Construire du sens musical

J’ai réalisé qu’il était possible de concevoir et construire la musique de manière logique. Cela peut paraître idiot mais je n’avais jamais réalisé à quel point cela pouvait construire un jeu au piano. Quand je parle de logique, à l’époque je pensais surtout en terme de concepts musicaux donnés par les règles d’harmonie, mais aujourd’hui je conçois comme “logique” toute forme de connexion consciente ou de création de sens.

En réalité, chacun est capable de produire sa propre logique dans la vie. On tisse tous des liens, des connexions, on donne du sens à certaines choses plus qu’à d’autres. En fonction de notre histoire, nos goûts, notre sensibilité… On peut également le faire au piano, et ne plus attendre que la musique vienne en nous par la grâce ou la providence (ou la répétition).

L’improvisation au piano : un jeu de contraintes et liberté

Un jeu ludique

Les règles d’harmonie sont comme des repères, ou les règles d’un jeu. Elles peuvent être souples, complexes, sujettes à interprétations. On peut décider de les enfreindre, les renverser… pour voir ce que ça donne. Vous l’aurez compris, ces règles, au lieu de me contraindre davantage, m’ont fournis matière à exploration et à créativité.

A partir de là, j’ai poursuivi mon apprentissage en me raccrochant régulièrement à cette capacité à donner du sens au texte musical pour me l’approprier. J’ai développé petit à petit plus d’outils et aussi ma manière de les utiliser, ma manière de créer du sens en moi et de jouer avec la musique.

Libre de créer du sens

Cette liberté de donner du sens, à ma manière, en m’aidant d’outils musicaux, a été un gros potentiel de libération et dévolution pour moi. Aujourd’hui je ne conçois pas de travailler un morceau sans chercher à lui donner du sens, à créer de la logique pour moi dans le choix des notes, des parties. Que cette logique soit harmonique ou même imaginative.

L’idée est de construire avec l’instrument des repères, des connexions. C’est devenu une exigence et une balise : “comprendre” ce que l’on joue, au sens large et souple du terme. C’est aussi devenu ma manière d’enseigner. Normal, on enseigne aux autres ce qu’on a soi-même découvert et appliqué.

Comprendre pour mieux apprendre

Cela m’aide non seulement à continuer ma progression pianistique, en y trouvant du plaisir et du sens, alimentant ma curiosité et ma soif d’apprendre, mais à accompagner efficacement mes élèves dans leur apprentissage respectif, en fonction de leur niveau et de leurs besoins.

L’improvisation au piano : s’exprimer, partager

Besoin de partager “ma” musique

Il y eut aussi un moment où j’ai senti l’envie et le besoin d’exprimer quelque chose avec ma musique. Me faire plaisir et progresser, ok. Mais qu’est-ce que je transmets aux autres ? Pourquoi faire de la musique au fond ?

Ayant eu un parcours atypique et loin des exigences pour devenir pianiste professionnel, je me suis souvent senti en manque de compétence pour partager ma musique avec un public. Surtout qu’au fond, je sentais le désir de transmettre quelque chose de profond, pas juste de montrer une performance. Ces émotions et cette connexion que je ressentais, j’avais envie de pouvoir les partager.

J’ai aussi souvent expérimenté des approches métaphysiques ou énergétiques dans la vie. Le côté spirituel mais aussi philosophique m’a toujours beaucoup travaillé. J’ai d’ailleurs dans ce sens étudié à l’université pendant plusieurs années la philosophie puis des théories de l’art et du langage.

S’exprimer au-delà des notes au piano

Ne pas chercher à jouer les notes justes ou à reproduire une partition écrite mais me concentrer sur cet état intérieur était un formidable outil d’exploration. J’ai puisé dans ces notions spirituelles et philosophiques qui m’étaient chères pour tenter une expérience : jouer pour les autres en ne cherchant pas à produire de la musique mais à transmettre une intention, une connexion, une émotion…

Ce quelque chose d’impalpable qui nous relie, je sentais que je le touchais parfois du doigt au piano. Mais j’avais besoin de repère, d’une direction un peu plus matérielle.

Les cartes oracles et les concerts en direct

J’aime beaucoup les symboles, les interprétations, le côté divinatoire et magique. J’ai aussi toujours été attiré par l’art visuel (c’est dans ce domaine que j’ai écrit mon mémoire de master). Je me suis donc servi de cartes oracles. C’était une manière de me connecter à un plaisir et une inspiration intuitive, à des repères non musicaux : une image, un texte, un concept spirituel.

J’ai enregistré plusieurs improvisations de ce type. Cela a donné des sortes de méditations musicales. Puis j’ai eu envie d’aller plus loin dans cette connexion mystérieuse qui me donnait l’impression de me rapprocher des gens, de me connecter à quelque chose de commun et d’indicible. J’ai donc proposé des improvisations en live sur ma chaîne Youtube.

J’ai eu de très bons retours, et ces partages musicaux et spirituels ont constitué une expérience très enrichissante.

L’improvisation au piano : un chemin d’évolution

Musicien et artiste

Par la suite, j’ai eu besoin de m’extraire du côté ésotérique qui ne me semblait plus très juste. C’était devenu comme une case un peu trop “facile” et factice. Je n’avais pas envie de devenir un gourou mais un musicien à part entière. Je sentais pour ça le besoin de continuer à faire évoluer ma musique aussi sur la forme, et pas seulement par l’intention ou l’énergie invisible, présente derrière chaque apparence.

Artiste et explorateur

Je continue depuis d’apprendre et de progresser, dans ma pratique d’instrumentiste, interprète ou improvisateur, et en tant qu’enseignant. Et je continue de découvrir les différentes facettes de ma personnalité artistique. J’accepte d’être un chercheur, et de mettre cela au service de ce que je fais. J’aime l’exploration, le jeu, la liberté, l’émotion. Un chercheur de ma propre vérité au quotidien, dans la musique comme dans la vie. C’est ma manière d’être.

Je pense que chercher sa voie n’a pas de fin. Autant le faire en créant et en s’exprimant dans la matière. C’est sûrement ainsi qu’on se renouvelle le mieux et qu’on franchit des paliers. C’est mon cas en tout cas.

Chercheur et pédagogue

Ce désir de transmission et de partage, je peux l’expérimenter aussi en tant que pédagogue. Ce que je fais depuis 8 ans par des cours particuliers qui m’ont beaucoup appris et qui continuent à m’apprendre.

Aujourd’hui je sens l’envie profonde de développer et de faire coïncider ma manière personnelle d’apprendre avec celle d’enseigner. Ce qui me plait, me passionne et m’amuse, c’est utiliser mes expériences et connaissances pour créer des systèmes logiques, des méthodes basés sur la compréhension, des jeux, des possibilités d’expression…

C’est comme créer un grand jeu auquel on peut tous participer. Tester régulièrement de nouvelles règles, de nouveaux concepts… chercher ceux qui, en m’aidant moi-même à aller plus loin, aideront probablement d’autres musiciens, apprentis, débutants ou avancés à expérimenter et jouer du piano à leur manière.

Libérer son piano

C’est dans ce sens que j’ai créé le blog Libérer son piano. Pour accompagner mon propre processus d’évolution musicale en partageant démarches d’apprentissage avec les autres. C’est aussi une manière de rediriger l’enseignement que je donne déjà depuis 8 ans vers des méthodes qui me correspondent mieux : donner du sens, construire une compréhension logique de la musique, comprendre ses propres mécanismes psychologiques à l’œuvre dans le travail, gagner en liberté d’expression et en conscience

Il me semble intéressant d’envisager l’apprentissage comme une libération, libération d’un potentiel et d’une expression que nous avons tous en chacun de nous, plutôt que comme une somme de connaissances à intégrer. Ainsi je préfère partager des outils : libre à chacun de les tester, s’en inspirer, les déformer, les approfondir, les transformer… C’est par la création que l’on apprend. Création de son propre jeu de logique, de conscience, de sens et de formes (musicales ici).

Improvisez vous aussi au piano

Avant de clore cet article, je vous propose un exemple du genre de jeu logique que l’on peut employer pour s’initier à l’improvisation 🙂

Exemple de jeu logique pour improviser au piano

J’ai choisi ici de proposer un jeu compréhensible par le plus grand nombre, donc aux règles “faciles”. Libre à vous de complexifier les possibilités qui en découlent et que je vous propose si vous vous entez à l’aise 🙂

Règles du Jeu

Pour ce premier jeu, on va utiliser uniquement les touches blanches, une pulsation de noire, des noires et des rondes. Pas de panique si vous connaissez rien à tout ça, c’est faisable aussi 🙂

Vous allez d’abord vérifier que vous pouvez battre une pulsation stable et régulière avec vos mains. Lorsque vous sentez que c’est ok, mettez votre main gauche sur le piano. Vous jouerez un DO répété en boucle, qui matérialisera cette pulsation interne. Le plus important, et tout le “truc” de ce jeu est de réussir à maintenir au mieux cette pulsation main gauche, peu importe ce que fera votre autre main 🙂

Justement la Main Droite, elle, va alterner 4 noires et une ronde. Autrement dit, elle alternera entre 4 notes synchronisées avec votre pulsation Main gauche, et une seule longue note qui durera quatre pulsations. Ça c’est pour le rythme Main Droite. Pour les notes, vous avez droit à toutes les touches blanches.

Variations et expérimentations

Expérimentez différentes possibilités :

  • revenez sur la même note en ronde
  • changez régulièrement les noires
  • jouez régulièrement le même groupe de quatre noires
  • changez chaque fois la ronde
  • jouez des notes conjointes
  • jouez des notes proches mais pas conjointes
  • jouez des notes éloignées
  • jouez des séries ascendantes
  • jouez des séries descendantes
  • mélangez !

Observez :

  • Y a-t-il des notes qui sonnent “mieux” que d’autres ?
  • Y a-t-il des registres qui vous inspirent plus que d’autres ?
  • Des séries qui créent de petits motifs mélodiques ?
  • Arrivez-vous à maintenir une pulsation stable pendant que vous laissez votre autre main improviser ?

C’est un exemple simple du “principe” que j’utilise pour improviser et comprendre mes morceaux. Je décèle une logique, qu’elle soit intuitive ou liée à des concepts musicaux, puis je la transforme, je joue avec.

S’initier à l’improvisation au piano grâce aux accords

Si vous vous allez plus loin, j’ai composé un petit guide gratuit d’exercice pour apprendre à reconnaître et utiliser les accords au piano. Je l’ai construit sur ce principe de jeu logique et de compréhension, à partir de quelques notions basiques d’harmonie.

Il est destiné à tout pianiste qui souhaite comprendre davantage ses morceaux et s’initier à une maîtrise pratique (et pas simplement théorique) du concept d’accord. Un outil riche en possibilités musicales et notamment pour improviser 🙂 Si cela vous intéresse, je vous invite à consulter mon article “Comprendre et Improviser au piano grâce aux accords”.

Article invité, écrit par Cazimir Costea.

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JULIA BRAGA | Architecte de l’Âme. 
Julia accompagne les artistes, entrepreneurs, créateurs, à réaliser leur(s) projet(s) avec sérénité. Toute son oeuvre, ses créations, ses coachings, ses programmes et son message sont une invitation à retourner à l’harmonie, à connecter à ce qui nous met profondément en joie et à nous aligner avec ce qui fait du sens pour nous. 

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